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 Dieu que la Messe du Dimanche est douce - Libre

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MessageSujet: Dieu que la Messe du Dimanche est douce - Libre   Lun 23 Nov - 11:44

Ce matin n'était pas exactement comme tous les autres. Nous étions enfin Dimanche. Jour du Seigneur. Mais, aussi pieuse soit-elle, ce n'était absolument pas pour la ferveur des hommes d'église en ce jour précis qu'elle était aussi encline au lever de bonne heure. Oh que non. Comme une récompense pour une semaine entière de bons sentiments et de dévotion, on permettait aux Couventines de célébrer la Grand Messe du Dimanche dans la grande chapelle. Oui vous avez bien lu, dans cette grande Chapelle juste à l'entrée du Couvent et qui accueillait en ce jour si cher à leur coeur tous les Bretons qui voulaient célébrer leur seigneur. Ce qui signifiait alors qu'elle pourrait sans peine voir du monde, et surtout respirer de l'air frais.

Voir de nouvelles têtes, voici ce qui lui faisait le plus cruellement défaut en ces longues heures d'enfermement. Elle se faisait fort bien à la solitude, il y avait assez pour s'occuper, mais elle souffrait grandement de ne pouvoir découvrir de nouveaux visages, les analyser, les décortiquer, y rêver le soir tombé. Hommes ou femmes peu importe, ce n'était pas dans un but vicié qu'elle aimait à les découvrir, mais bel et bien par curiosité, amour de la découverte. Elle aimait être surprise, et chaque Dimanche était une opportunité. Elle connaissait de vue beaucoup des habitants du village mais il y avait toujours des ititnérants ou des curieux qui se joignaient à la messe.

Levée plus tôt qu'à son habitude, ce qui fit grincer les dents de Marie-Justine un peu plus que de raison, elle fut préparée en moins de temps qu'il faut pour réciter un bénédicité. Elle fut également dans les premières à sortir et prit un malin plaisir à perdre des places dans la procession afin de rester le plus longtemps possible dehors. Faire semblant de regarder le sol et profiter du paysage n'était pas chose aisée, mais depuis son entrée dans ce Couvent, elle en avait fait sa spécialité. Guettant les opportunités, elle feignait la docilité. Encore et toujours. En Agnelle dévouée.
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MessageSujet: Re: Dieu que la Messe du Dimanche est douce - Libre   Dim 13 Déc - 12:47

« Malgré moi j'ai senti ma force défaillante,
Et j'approche de tes genoux
Comme fait de l'autel la branche suppliante.
Hélas, que le soleil est doux !
Laisse moi vivre encore, ô mon père, ô mon père !
Eh quoi ! déjà serait-ce assez ?
A peine florissante, irai-je sous la terre
Avec les pâles morts glacés ? »


Iphigénie, Jean Moreas, 1904

Les arbres se dénudaient tristement sur le ciel gris, et leurs branches crochues semblaient s'élever comme des mains pour griffer les nuages d'automnes. Le coche roulait non sans cahots sur le chemin irrégulier et boueux, amortit par le tapis de feuilles jaunes et rouges qui moisissaient dans la terre noire ; Françoise regardait le paysage se dérouler lentement par la petite fenêtre de la voiture, encombrée de ses bagages et indisposée par ses bruyants voisins, qui jouaient aux cartes et buvaient trop. C'était la deuxième journée de voyage, et elle savourait l'inconfort de celui-ci, considérant chacun des maux qui l'assaillaient comme autant de prières ; l'auberge dans laquelle ils avaient couché la veille était aussi humide que le reste du pays, et elle avait partagé son repas avec un pauvre hère qui vivait sous les fenêtres pour se gaver des odeurs de gras. La jeune fille tourna son esprit vers le couvent qui devait l'accueillir bientôt, l'abbaye de Gràinne. Nul ne connaissait ce nom parmi les laïcs rencontrés : ce devait être un petit établissement, certainement peu doté. Quelques masures commencèrent à se faire voir, puis une belle ferme, et enfin le bourg auquel menait le coche.

Françoise en descendit avec plaisir, ravie de sentir à nouveau les effluves de son pays et de quitter ses bruyants voisins, qui l'indisposaient au plus haut point. Ses mains étaient marquées des traces de ses ongles et sa lèvre saignait un peu. Portant seule ses bagages, elle se rendit à l'église qui dominait le gros village de son clocher majestueux ; y rencontrant le prêtre des lieux, elle se fit indiquer le chemin du couvent, sans remarquer la lueur effrayée qui luisit un bref instant de le regard du curé.

« Mais vous n'y serez pas avant les mâtines, et vous ne trouverez personne pour vous conduire jusque là : les gens craignent la forêt, et à juste titre, car elle est habitée de mauvais animaux, les loups et les gobelins y rôdent la nuit. Restez donc coucher à l'église ma fille !
- C'est grande générosité et sollicitude de votre part, mon père. Je voudrais cependant y être pour la messe de demain, car Dieu sait que je ne peux y assister souvent en raison de mon office… Pouvez-vous trouver un homme qui m'y conduirait dès avant primes ? »

Un brave homme accepta de la conduire sur sa charrette, car il avait affaires au village de Gràinne avec un parent. Après une nuit fraîche mais d'une sérénité extraordinaire que se leva la novice, récitant ses trois Pater Noster et Ave Maria avant de s'apprêter. Le paysan l'attendait devant la sacristie, ses bœufs meuglant faiblement ; il restait une bonne heure avant que le soleil ne se lève et ils se mirent en route promptement. Les ombres brodant le paysage étaient inquiétantes et mouvantes, et la campagne résonnait de craquements et d'activité secrète ; sans oser rien en dire Françoise était terrifiée par cette cécité que ne pouvait combler la lanterne suspendue à l'avant de la charrette. Enveloppée dans un châle aussi gris que l'était son habit, la jeune femme récitait ses prières en son fort intérieur afin de lutter contre les velléités du Malin. Peu à peu, la foi éclairait les arbres bordant le chemin et les ombres se définissaient, apportant un ordre bienvenu au chaos de la nuit, et bientôt, la gloire du jour se répandit comme une flaque sur l'horizon et perça l'enchevêtrement inextricable des branches pour venir frapper le front de la religieuse. Une telle beauté serait inconcevable si elle ne se produisait tous les jours pour primes.
L'astre solaire était tout entier sorti de terre quand l'équipage insolite parvint au village ; le monastère se tenait en retrait du siècle, à environ vingt minutes de marche de la dernière habitation, et entouré d'un mur d'arbres qui protégeait le domaine sacré. Remerciant le brave tenancier, la fille de la Charité se mit en route pour Gràinne, escortée du flot de fidèles qui se pressaient pour la messe. Un jeune garçon insista pour lui porter son coffre jusqu'au couvent, et elle le remercia en priant pour lui ; enfin arrivée devant le mur de sa nouvelle demeure, Françoise récupéra ses affaires et se rendit directement à la chapelle, de peur de manquer l'office dominical.

Sa cornette et son costume gris tranchait avec celui, blanc, des couventines et ceux bariolés des laïcs qui occupaient presque tous les bancs. Les yeux baissés vers le sol, la jeune d'Aubatz rejoignit ses futures sœurs et s'installa à côté de l'une d'entre elle, les mains jointes et les yeux fixés sur l'autel dans sa ferveur de communier à nouveau avec Jésus Christ.
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